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Interview de la violoncelliste
Julie Sévilla-Fraysse

Membre du prestigieux opéra national de Paris, la violoncelliste virtuose Julie Sévilla-Fraysse se livre en toute transparence sur son parcours, sa conception de la musique, ses engagements. Son talent, nous le connaissions déjà. Mais qu'en est-il de tout le reste? Cette interview est l'occasion de le découvrir.

Bonjour Madame Sévilla-Fraysse, merci de nous accorder cette interview. Ma première question est : pourquoi avoir choisi de vous professionnaliser en musique ? Y a-t-il eu des raisons particulières ?

C’est avec plaisir que je réponds à votre interview .

En faire son métier, devenir professionnelle, cela signifie faire de la musique et du violoncelle la part importante de mon quotidien. Pour moi il était difficile d’imaginer arrêter et quitter cet univers si intense pour me consacrer à autre chose. Puis j’ai aussi été très encouragée par mon professeur Frédéric Audibert et par le directeur du conservatoire de Nice où j’étudiais, Gérard Gastinel.

C’était un rêve de pouvoir me produire en soliste et j’ai toujours eu le goût de la scène et du spectacle.

 

Pourquoi avoir choisi le violoncelle ?

Ma mère aimait cet instrument. Du côté de mon père c’était plutôt une culture autour du piano mais tout cela restait de l’ordre du loisir. A l’âge de sept ans je démarre le violoncelle qui est vite devenu un compagnon. Cet instrument a une voix très chaude et très sympathique. Je dirai même réconfortante. Et puis l’aspect physique de l’instrument fait qu’on peut à la fois un peu se cacher derrière et en même temps l’enlacer. C’est, je crois, un instrument finalement moins virtuose et brillant dans le tempérament que le violon mais beaucoup plus chaleureux.

 

Vous nous avez fait cadeau de belles mélodies durant le confinement, via les réseaux sociaux. Quel fut l’impact de cet épisode sur votre travail ?

C’est particulièrement à travers le réseau Linkedin que j’ai pu faire la rencontre de personnes que je n’aurais pas pu connaître autrement. Cela a eu un impact très fort dans le sens où cela m’a fait connaître et m’a permis de nouer des relations très intéressantes sur le plan humain mais également de m’apporter des contrats, que ce soit dans le privé ou le public. Cette mise à « nu » à travers mes vidéos sans retouches et filmées depuis mon téléphone ont je crois eu un impact très positif dans les deux sens. Autant pour l’audience que pour moi-même. C’est un réel échange bienveillant. J’ai pu notamment enrichir énormément mon réseau professionnel aux États Unis à tel point que je prépare avec mon manager une tournée là-bas au printemps 2022.

J’ai aussi rencontré par ce biais Hélène ROS membre fondateur de CoCreate Humanity et je suis depuis directrice artistique de cette belle association au service des travailleurs humanitaires .

En tant que récepteur, vos prestations m’apportent beaucoup de sérénité et leur beauté est telle j’ai parfois l’étrange impression qu’elle est palpable. De votre côté, quelles émotions éprouvez-vous quand vous jouez ?

Quand on joue devant un public, on peut ressentir directement l’attention, les ondes et les énergies des personnes. Et c’est du direct, la musique est là à l’instant T. C’est un peu hors temps. J’aime énormément ce moment et je considère avoir une grande chance de pouvoir m’exprimer, échanger partager et être écoutée en même temps.

Quand c’est par vidéo, ce qui diffère c’est la non immédiateté. Mais au moment où j’enregistre ma vidéo, je sais qu’elle va être ensuite écoutée et regardée. C’est un peu comme si à travers mon téléphone je m’adressais à des centaines et parfois milliers de personne d’un coup (jusqu’à 300 000 vues) c’est donc une autre pression. D’autant plus que la vidéo peut être vue et revue. Elle reste dans le temps.

Dans tous les cas, quand je lis les commentaires par la suite et les messages que je reçois, cela me fait beaucoup de bien car je ressens une grande bienveillance de ce public virtuel et cela m’encourage et me porte beaucoup dans mon quotidien.

Je me souviens de la très belle composition de Ludovico Einaudi pour sensibiliser contre la fonte des glaciers : «Elegy for arctic». Que pensez-vous des liens entre musique et causes politiques ?

La musique, comme toute forme d’art peut en effet être vectrice de messages. Que ce soit politique ou autre. C’est une façon de dire autrement qu’avec des mots, ce que l’on pense. Donc en effet c’est un moyen noble de faire passer ses idées. Après, c’est à chacun de voir quel message ou quel combat il souhaite porter.

 

Je suppose que vous avez plusieurs sources d’inspiration parmi les grands compositeurs. Pouvez-vous nous citer vos trois préférés et nous dire pourquoi vous les avez choisis ?

Un de mes préférés est Franz Schubert. C’est en effet l’un des seuls composteurs dont j’aime tout le répertoire. Ce qui me plaît chez Schubert et qui me touche, c’est sa pudeur, son élégance discrète jamais clinquante ni revendicative. Il me parait très tendre.

Ensuite je pourrais citer Anton Dvorak. Bien sûr, il a écrit un chef d’œuvre pour le violoncelle qui est le concerto opus 104, le « tube ». J’aime sa période aux États Unis. Son côté très joyeux et un peu spectaculaire.

Ensuite je suis aussi très touchée par Zoltan Kodaly , pour son authenticité et son côté très terrien, rustique. Sans chichis et à la fois très intellectuel .

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"A l’âge de sept ans je démarre le violoncelle, qui est vite devenu un compagnon. Cet instrument a une voix très chaude et très sympathique. Je dirai même réconfortante."

Dans des vidéos que vous partagez sur vos réseaux sociaux, on peut voir un pratiquant de danse urbaine danse sur votre musique. Contre toute attente, le résultat est très esthétique. Comment vous est venue cette idée ?

Eh bien, c’est ce cher Yann Antonio qui est venu à ma rencontre. C’est un jeune homme qui a en plus d’un immense talent, une sensibilité artistique et un esprit très ouvert. Il m’a fait découvrir sa culture et était très désireux de danser sur de la musique classique et particulièrement un instrument à cordes. J’admire beaucoup sa persévérance, son ambition et toute la poésie qu’il met dans ses mouvements.

 

En tant que musicienne, quelle est votre plus grande fierté ?

Ma plus grande fierté et d’avoir l’audace de combiner plusieurs aspects de mon métier. Je déploie énormément d’énergie pour être sur scène le plus souvent possible. Je prends des risques et je n’ai pas peur du temps que cela demande. Je travaille au sein de l’Orchestre de l’Opera de Paris mais je ne me satisfais pas seulement de ce statut et essaye sans cesse de progresser et d’avoir de nouveaux projets. En solo, en musique de chambre. Ce qui ne m’empêche pas d’avoir aussi une vie de famille. Je crois que dans la vie il faut connaître ses propres limites en les atteignant. Et pour l’instant, je ne les ai pas encore touchées.

Quels sont, selon vous, les difficultés et les challenges quotidiens de votre métier ?

Au quotidien personne n’a toujours la même forme physique ou morale que la veille. Et pourtant il faut être là, et faire de la musique. Entretenir, travailler. Parfois savoir s’arrêter aussi. Le vrai challenge comme je disais c’est de s’organiser mais aussi de savoir rester humble et fidèle à soi-même. Ne pas se perdre dans les méandres de la communication d’aujourd’hui, avoir plusieurs casquettes tout en restant authentique. Voilà la vraie difficulté.

 

Vous avez le mot de la fin. Quel message aimeriez-vous adresser aux lecteurs de Muses-mag ?

Je les remercie infiniment de s’être intéressés à mon « cas ». Comme je disais plus haut lors des concerts, j’estime avoir une grande chance de pouvoir m’exprimer et d’être écoutée ou lue, en l’occurrence. Je souhaite à tous une bonne santé car je crois que c’est le principal, et donc de savoir apprécier et aimer chaque jour à sa juste valeur .

 

Ce fut un plaisir d’avoir cet échange avec vous. Encore merci, Madame Sévilla Fraysse, de la part de toute l’équipe de Muses-mag.

Mille merci à vous !

 

Jean M.

"Quand on joue devant un public, on peut ressentir directement l’attention, les ondes et les énergies des personnes. Et c’est du direct, la musique est là à l’instant T. C’est un peu hors temps."

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